BARCELORIJA
Une histoire d’Amour. Une vraie je pense. Une rencontre coup de foudre. Passionnelle.
Une histoire tout d’abord cachée, qui en chevauche d’autres, antérieures, pourtant longues et sérieuses.
Un changement de vie radical du jour au lendemain.
Est-ce qu’on peut vraiment réinventer sa vie ?
Case départ.
Déménagement à Barcelone où Viktorija vit déjà.
J’y vais mais je ne suis pas vraiment sûr. Je ne sais pas trop ce que je fous.
J’ai honte du mal que je viens de faire, honte de quitter la scène comme un voleur
qui dans la précipitation de sa fuite ferait tout tomber sur son passage. Mais je le fais quand même.
Je le fais mal. Loin ça passe mieux, loin on oublie tout, la fuite comme cache misère.
Au fond je ne la connais pas vraiment Vika.
Je suis français, elle est lituanienne. On parle en Anglais.
Mais je suis tombé amoureux d’elle. Et elle de moi. Intensément.
Alors on s’installe ensemble à Barcelone. Il fait beau, on est heureux.
Comme elle est mannequin et que je suis jeune photographe, on fait des photos dans l’appartement. Tous les deux.
Elle pose, je shoote. Elle est super belle.
Avec elle j’apprends, je me forme, on tente des trucs avec ce qu’on a sous la main, avec les moyens du bord.
Car moi progressivement je n’ai plus de moyens, c’est elle qui gagne notre vie. Une bombe à retardement.
A Barcelone on fait des ballades interminables. On adore, on arpente les moindres ruelles. Je fais beaucoup de photos.
On est tous les deux. Je crois vraiment qu’on est heureux.
Mais il y a toujours la honte. La culpabilité. Je ne m’en défais pas. Je m’enlise.
Je m’intègre mal à Barcelone.
Je me coupe progressivement de ma famille, de mes amis, de tous mes proches. Je disparais.
C’est facile quand on est loin, il suffit de ne pas répondre.
Pas elle. Viktorija, elle est connectée, elle vit sa vraie vie, honnête, généreuse, dévouée. Sûrement trop.
Moi je mène une vie parallèle, une vie d’exilé. Un mensonge.
Il n’y a que le moment présent. Passé et futur sont devenus trop douloureux.
Je me réconforte dans notre amour dans les joies et les rituels du quotidien.
Dans la photographie. Dans l’apprentissage de la suite Adobe.
Et je suis avec elle. On est tous les deux. Elle est devenue mon monde entier, elle est devenue toute ma vie.
Ca me fait peur la nuit quand j’y pense. Je dors mal. Je fume des clopes dans le noir. Mais qui est-elle vraiment ?
Je me perds. On en parle pas. Bombe à retardement.
Dans cet appartement, je construis peu à peu une prison. Douce d’apparence mais complètement scellée.
Le couple se referme sur lui-même. Pas de vie sociale.
Et dans cet apprentissage reclus, elle continue de m’accompagner, elle m’aide étape par étape, photo après photo.
Dans la cuisine, dans le salon, la salle de bain, sur la terrasse. Partout.
On aurait pu y faire l’amour dans ces pièces, comme au début de notre histoire, mais au lieu de ça on y fait des photos.
De jour, de nuit, entre chiens et loups. Elle m’aide comme une amoureuse, comme un soldat, comme une pro.
Au-delà de l’épuisement, au-delà du sacrifice, au-delà du dégoût. Beaucoup de clopes alors qu’elle est non fumeuse.
Mais c’est beau la fumée en photo non ?
Avec ces créations, avec cet imaginaire, j’essaye d’échapper à mon ennui, à ma honte, à la solitude glaciale que j’ai créée.
Je danse tout seul en caleçon dans ma cuisine pour faire un clip sur une musique d’un vieux pote, avec une petite Sony à cassettes HD.
On est dans le low-fi complet, la qualité est limite, mais on continue, on y va, on roule un pétard, on reste dans l’appartement et on crée.
Jusqu’ici tout va bien.
Comment s’effondrer en silence.
Puis s’en est trop. La foudre frappe. Je lis certains sms sur son téléphone et je découvre qu’elle n’en peut plus. Je découvre qu’elle est déjà partie.
Je ne suis plus l’homme qu’elle a aimé. Je suis tombé trop bas.
Elle a cherché ailleurs, dans plusieurs endroits je crois, et elle a trouvé. Bien sûr, elle est trop belle la fille.
Elle l’a fait pour redevenir libre, pour redevenir possible, pour être sécurisée. Pour nous libérer tous les deux.
Elle a guillotiné notre monstre commun et elle est partie le soir même faire la même chose ailleurs. Vivre une vie avec son homme.
Tentative aux intentions sublimes. Mais tentative ratée. 7 années.
Au fond, je n’aurais jamais réussi à assumer cette histoire, à assumer mon choix. Trop de honte. Trop de lâcheté.
Quand on s’habitue à sa propre lâcheté c’est jamais bon. Quelque chose s’est cassé. Aujourd'hui encore j'essaye de comprendre.
Je me rase la tête. Je ne sais pas bien pourquoi. Juste pour faire un truc autre que fumer des clopes.
Maman est là, elle me dit que ça me va bien. C’est déjà ça car c’est vraiment le bordel dans ma vie.
Je prends mon téléphone. Je renoue avec quelques proches, je suis trop mal, je suis trop seul.
Ils m’ouvrent leurs bras.
Je règle les dernières choses sur place.
Je prends le train et je rentre (à la maison?). Case départ.
Reste ces images, fragments elliptiques d’un amour et d’un égarement (nécessaire).



































































