PASSAGE(S)
La période de la mort de mon père.
Je suis en Crète quand il m’apprend qu’il ne se sent pas bien. Qu’il a perdu une grande partie de sa masse musculaire.
Quelques temps plus tard, le diagnostic tombe
ll est gravement malade. Ils soupçonnent que c’est déjà très avancé.
C’est un choc. J’observe tout avec incrédulité. Les yeux écarquillés comme pour essayer de comprendre si tout ça est bien vrai.
Des signes partout. Des signes de mort partout. J’hallucine sur tous ces signes.
Des allers-retours entre Paris et Avignon. Le regard baissé. Les visages masqués du Covid entre 2 confinements.
Les lieux fermés pour cause d’incohérence. Une ambiance de mort partout.
Et sa réalité à lui. Son mal fulgurant. Ces choses qui ne seront pas faites, ces moments qui ne seront pas vécus. Il est là mais il est déjà parti.
Il appelle ses vieux potes pour leur annoncer que c’est fini. Il le sait. Il ne se battra pas. Il n’en a pas la force. Pourquoi tu n’en as pas envie ?
Moi il ne peut pas me le dire. Il reste silencieux. Je le masse. Je l’ai toujours massé. Depuis que je suis enfant. Rien de douteux.
Les pieds, les mollets, le dos, juste pour le kiff. Là, il accepte encore de se faire masser, ça le berce, ça l’apaise.
Des moments beaux d’une tristesse infinie.
J'entre et je sors de l’hôpital. Des couloirs qui semblent tous mener au même endroit, à la même issue. Comme un destin absolu et immuable.
Je pense à Taizé, je n’y suis jamais allé mais je sais ce qu'il s’y passe. La ferveur des pèlerins, la flamme continuellement alimentée.
Les chants, les voix qui s’élèvent, la transe. L’oubli. Cette pensée m’apaise.
16 Novembre. Mon père meurt. Il est loin. 700 km de distance.
Silence. Rien d’autre que le choc du silence. Je ne sais pas quoi dire.
La cérémonie était modestement belle et l’ambiance indigne. Il n’y a aucune photo.
Au-delà de toi il n’y aura plus d’amour là-bas. En tout cas rien de bon pour moi.
Puis il y a l’après. Après l’évènement. Après la chair meurtrie, le froid glacial de ton corps conservé, le désordre et le goût du ciment.
Besoin d’apaisement. Besoin de calme. Besoin d’air. Besoin d’une douceur du temps.
Besoin d’observer des forces supérieures, des forces naturelles, la sagesse intemporelle des arbres qui savent remettre notre existence à sa place quand on sait le voir. Il y a, parait-il, 7 étapes dans le processus du deuil, peut-être m’aideront ils à entrevoir la 6ème.
Pour la 7ème, on verra plus tard. Je ne veux pas quitter ta souffrance trop vite, elle nous relie encore.
Et après le tumulte, chercher aussi l’horizon. Celui au dessus de la mer. Celui où les cieux nous regardent. Comme une chapelle.
Un espace intime pour continuer de ressentir notre coprésence, pour continuer de communiquer ensemble. Des pensées pures et essentielles.
Parce ce que tu es forcément là.


















































